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La Tribune
29 mai 2026, Valentine Ducrot

Santé Mentale : ThIA lève 5 millions d'euros

A Montpellier, la start-up ThIA a développé AviPsy, un dispositif numérique visant à fluidifier l’accès au soins en santé mentale. L’entreprise, qui revendique l’accompagnement de 30 000 patients, vient de boucler une levée de fonds de 5 millions d’euros

Décrété grande cause nationale en 2025, le sujet de la santé mentale prend de plus en plus d’ampleur dans le débat public, les troubles psychiques affectant 13 millions de personnes chaque année, soit une personne sur cinq. Avec un coût faramineux pour la sécurité sociale : 23,3 milliards d’euros en 2023, soit le premier poste de dépenses devant les cancers et les maladies cardiovasculaires. Si on ajoute les coûts indirects (arrêts maladie, perte de productivité, etc.) la facture grimpe à 163 milliards d’euros. 

Les troubles de la santé mentale explosent, notamment chez les jeunes de 18 à 25 ans. Frédérique Mozziconacci, directrice générale et cofondatrice à Montpellier, avec le psychiatre Yann Quintilla, de ThIA Santé Mentale, estime que « les besoins augmentent plus vite que la capacité du système à u répondre, les délais d’accès aux soins dépassent souvent deux mois, et la prise en charge est insuffisamment organisée ». 

Après quatre ans d’activité, la start-up vient de boucler une seconde levée de fonds de 5 millions d’euros aurpès de IRDI Capital Investissement, Sofilaro Innovation, les assureurs Generali et AG2R la Mondiale, des investisseurs particuliers (via la plateforme Tudigo) et des praticiens partenaires

Des délais de rendez-vous sous neuf jours

A la différence d’autres acteurs dans la santé travaillant sur la prévention, ThIA (15 salariés, 1 million d’euros de chiffre d’affaires) s’est positionné sur la prévention secondaire, c’est à dire l’identification de la maladie ou d’un problème de santé à son stade le plus précoce. Elle a ainsi développé AviPsy, dispositif organisationnel et digital visant à fluidifier le parcours cordonné entre psychiatre et psychologue et à réduire les délais d’accès aux soins.

« Le point de bascule du burn-out vers une dépression profonde est de quinze jours, il faut donc agir vite, car plus on attend, plus la reconstruction sera longue. Notre solution, qui a déjà accompagné plus de 30 000 patients, a démontré un impact significatif sur la réduction des délais ramenés à neuf jours, la consommation d’anxiolytiques, réduite de 38%, et sur les arrêts de travail, en baisse de 58%. »

Frédérique Mozziconacci, Directrice générale de ThIA Santé Mentale

Un réseau d'un milliers de praticiens

Alors que seulement 10% des patients consultent généralement à la fois un psychiatre et un psychologue, la start-up montpelliéraine a basé son modèle sur la synergie des deux, de manière à valoriser leurs compétences via un espace de travail partagé. 

Pour renforcer la coordination, un module est dédié aux réunions de concertation pluriprofessionnelle où les équipes de soin peuvent aligner leur stratégies thérapeutiques et affiner le parcours de chaque patient. 

« Dès l’entrée dans le parcours de soin, le patient complète un bilan structuré directement dans son application. Cet outil numérique collecte des données essentielles qui permettent aux praticiens d’optimiser leur temps médical pour mieux se concentrer sur la décision thérapeutique.»

Frédérique Mozziconacci, Directrice générale de ThIA Santé Mentale

ThIA compte pour l’heure 150 praticiens partenaires mais, grâce à la levée de fonds, va pouvoir renforcer son développement commercial en vue d’atteindre le millier d’ici 2030.

Depuis deux ans, la start-up développe ThIa Diag, dispositif numérique de télé-surveillance (collecte régulière de données cliniques) afin de faciliter la détection des évolutions de l’état de santé du patient et les éventuels signes précoces de rechute. Une étude clinique multicentrique est actuellement en cours et devrait durer dix-huit mois avec comme objectif l’obtention, d’ici 2028 ou 2029, de l’agrément pour le remboursement du dispositif par la sécurité sociale. 

7 milliards

Deuxième cause d’arrêt maladie et première cause d’arrêt long, la santé mentale coûte en moyenne 7 milliards d’euros aux assureurs et à leurs entreprises sociétaires. Une partie des fonds collectés par ThIA va servir à renforcer les partenariats pour faire baisser la sinistralité. 

ThIA vient également de mettre en place un proof of concept (POC) avec la Cité internationale universitaire de Paris (CIUP) pour prendre en charge, via son dispositif, un certain nombre d’étudiants expatriés.

La start-up projette la prise en charge de 100 000 patients par an en 2030 et espère ainsi créer un nouveau standard de soins en santé mentale. 

« Face à un système embolisé, nous avons la conviction de pouvoir contribuer à changer les choses en travaillant sur la pertinence des soins et en mettant en place des outils toujours plus performants. »

Frédérique Mozziconacci, Directrice générale de ThIA Santé Mentale